Clinton-Obama : un ton très vif pour des programmes économiques guère différents
« Honte à vous, Barack Obama! » Samedi 23 février, Hillary Clinton, candidate à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine, a fustigé les « tactiques » de son adversaire, « directement tirées d’un manuel de Karl Rove ». Ce dernier fut longtemps le stratège électoral du président George Bush et son spécialiste des « coups tordus ».
Quelle indélicatesse l’équipe de M. Obama avait-elle commise ? Dans un tract diffusé dans l’Ohio, où se déroulera, mardi 26 février, le dernier débat démocrate avant les élections primaires du 4 mars (Ohio, Texas, Vermont, Rhode Island), Mme Clinton était accusée d’avoir déclaré que l’accord de libre-échange nord américain (Alena, 1994) entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, était une « bénédiction » pour l’économie américaine. Ce qu’elle dément vigoureusement.
Cette joute montre à quel point, alors que la rivalité entre les deux candidats démocrates s’exacerbe sur fond de récession, les questions économiques prennent le pas sur tout autre enjeu.
Dans un Etat industriel comme l’Ohio, pour les cols bleus américains « protégés », traditionnellement démocrates, la « concurrence déloyale » que des accords commerciaux avec des pays du tiers-monde ont instaurée est responsable de délocalisations et de la perte massive d’emplois manufacturiers aux Etats-Unis depuis dix ans.
PLUS DE « CADEAUX FISCAUX »
« Les politiciens de Washington signent des accords commerciaux avantageux pour les grandes entreprises, mais qui ne donnent aucune protection aux travailleurs américains. C’est mauvais pour notre économie et pour notre pays », disait M. Obama le 18 février.
Le jeune sénateur de l’Illinois a un avantage sur sa concurrente : il est neuf, sans passé. Il n’est pas tenu d’assumer l’héritage clintonien (1992-2000) en matière économique. Cet héritage aurait pourtant dû bénéficier à Mme Clinton. Les « Rubinomics », les thèses du ministre du Trésor de Bill Clinton, Robert Rubin – jouer la mondialisation à fond, réduire les déficits publics et faire confiance aux marchés tout en gérant leurs conséquences pernicieuses –, avaient permis aux classes moyennes de connaître un âge d’or. Des thèses aujourd’hui battues en brèche.
Pour nombre de démocrates, surtout à gauche, la confiance dans les marchés s’est avérée finalement désastreuse pour des millions d’Américains. La sénatrice de New York elle-même s’est écartée des Rubinomics, alors que M. Rubin la soutient.
Aujourd’hui, une fois mises de côté les tactiques politiques, les programmes économiques de Mme Clinton et de M. Obama ne divergent pas radicalement. Tous deux entendent annuler les « cadeaux fiscaux » aux riches (les revenus supérieurs à 250 000 dollars) faits sous l’administration Bush. Les deux souhaitent réorganiser la fiscalité au profit des classes moyennes paupérisées. Les deux prônent des aides à l’investissement dans des secteurs innovants : santé, éducation, environnement. Les deux, enfin, entendent mettre la pression sur les entreprises qui délocalisent, et contrôler plus sévèrement marchés financiers et investissements étrangers aux Etats-Unis (tout en laissant dans le flou les mesures à adopter).
Mme Clinton insiste plus sur les subventions directes (aux victimes de saisies immobilières, aux étudiants endettés, aux retraités pauvres, etc.). Pour ne pas apparaître trop « étatiste », dans sa volonté de bâtir une « nouvelle majorité américaine » avec des franges de l’électorat républicain, M. Obama privilégie l’abaissement de la pression fiscale sur les plus faibles.
Le comité national du Parti républicain a mis au point un « dépensomètre » pour calculer le coût des programmes démocrates. Là, la différence est réelle. Hillary Clinton assure qu’elle réduira à nouveau les déficits publics tout en redistribuant les moyens de l’Etat. Les déficits préoccupent moins Barack Obama. Présentant son plan de 210 milliards de dollars pour lancer de grands chantiers publics (hôpitaux, écoles, routes, énergies vertes), le 13 février, il a rappelé qu’il mettrait d’abord fin à une guerre en Irak « qui a coûté des milliers de vies précieuses et des milliards de dollars chaque semaine » à l’Amérique